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Didier Tallineau (décédé le 5 décembre 2006)

(2006) Malade, un détenu meurt en prison

Mise en ligne : 9 December 2006

Texte de l'article :

Malade, un détenu meurt en prison
Santé . Suite à l’intervention de la chancellerie, Didier Tallineau, condamné pour meurtre et réincarcéré malgré son état de santé, est mort mercredi.

Didier Tallineau, condamné deux fois à trente années de réclusion pour meurtre et dont la suspension de peine pour raison médicale avait été annulée en 2005, est décédé, avant-hier, en détention à Fresnes (Val-de-Marne). Âgé de quarante et un ans, l’homme a succombé à un cancer de la plèvre alors que le tribunal d’application des peines de Créteil devait examiner, hier, une nouvelle requête en suspension déposée par son avocat. Deux nouvelles expertises médicales commandées par ce tribunal concluaient, « à l’incompatibilité de son état de santé avec la détention et au fait que le pronostic vital était engagé », a expliqué Me Loïc Cabioch.

Libéré en décembre 2004 en raison de son cancer, Didier Tallineau avait été réincarcéré à l’automne 2005. La médiatisation de sa libération et de son retour chez ses parents en Vendée avait fortement ému les familles de ses victimes résidant dans la même région. Surfant sur cette émotion, Pascal Clément, succédant à Dominique Perben, avait demandé une nouvelle expertise. Le parquet avait par la suite justifié un retour en prison, les experts estimant que le pronostic vital de Didier Tallineau n’était pas engagé.

« Votre immixtion ainsi que celle de votre prédécesseur dans le dossier Tallineau pour obtenir de la justice la réincarcération d’un malade sont d’autant plus inadmissibles qu’elles s’accompagnent d’une totale inertie, voire d’une hostilité à assurer une application effective et égalitaire de cette suspension de peine dont la logique est d’assurer aux condamnés gravement malades un suivi médical ou une fin de vie dans la dignité, hors les murs », a écrit le pôle de suspension de peine du Syndicat de la magistrature dans une lettre ouverte adressée, hier, au garde des Sceaux. À la suite d’un amendement voté fin 2005, la procédure pénale prévoit désormais que la suspension médicale de peine peut également être refusée en cas de « risque grave de renouvellement de l’infraction ».

Par ailleurs, suite à sa saisine par l’Observatoire international des prisons, le Comité consultatif national d’éthique doit réaffirmer, aujourd’hui, les principes qui doivent guider le traitement médical des détenus : maintien du secret médical, conditions de consultation médicale dignes avec des détenus non entravés et hors la présence de personnel d’escorte.

S. B.

Source : L’Humanité