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Billets d’humeur

Bûcher Cellulaire

Mise en ligne : 30 avril 2002

La Justice dit d’un suicidé en prison qu’il s’est soustrait à la justice ? A quelle injustice s’additionne t-il ? La réponse nous divisera toujours d’eux : les bourreaux.

Texte de l'article :

Ce jour du vendredi 26 avril à 15 H 15 – en pleine après-midi ! - à la maison d’arrêt Saint Paul de Lyon, deux mineurs, dont un prévenu - présumé innocent -, sont morts asphyxiés suite à l’incendie de leur cellule. Cellule dont la porte est fermée, la fenêtre barreautée. Ils ne pouvaient pas sauter par la fenêtre. Ils ne pouvaient pas plaquer leur bouche au sol pour respirer l’air dessous la porte. Ils ne pouvaient pas sortir leur têtes dehors à travers les barreaux.

Ils ne leur restaient donc, comme le dit la consigne de sécurité en cas d’incendie d’une cellule de prison, qu’à CREVER !

Imaginez ces deux gamins dont l’un était, à l’âge de dix-sept ans, voleur de fond de caisse de croissanterie, face à face dans la cellule.

L’un l’autre en train de hurler qu’on leur ouvre la porte. L’un l’autre en train de se regarder mutuellement mourir. L’un l’autre peut-être, comme les enfants qu’ils étaient, se prendre dans les bras
.

Imaginez les cris, la peur, l’épouvante. La tentative d’éteindre le feu à mains nues. Imaginez-les en train de retenir leur souffle contre la fumée noire, grasse, empoisonnée. Imaginez bien ces deux mômes et les pensées qui ont pu leur traverser l’esprit durant tout le temps où, frappant aux portes, ils attendaient que des hommes arrivent pour ouvrir la porte de l’enfer. Des hommes qui vivent leur emploi dans le même immeuble, à un escalier de là ! A une coursive ! A cent ou deux cents mètres.

Imaginez les hurlements de tous les autres prisonniers qui savent que deux enfants vont mourir parce que, depuis le temps que l’on meurt après avoir mis le feu à des matelas très inflamables et aux émanations extrêmement toxiques, le règlement n’a toujours pas changé ! Si le traumatisme des surveillants est pris en charge par une cellule psychologique, le sort réservé aux prisonnier(e)s demeure une cellule de mort
.

Ils devaient être très dangereux, extrêmement néfastes pour la société, ces deux enfants sacrifiés à la politique intra muros. Pas de matelas ignifugés ! Pas de clef la nuit pour le surveillant de base (à qui l’on veut bien confier un fusil) en charge d’être aussi le gardien des vies enfermées
.

Maintenant, imaginez, même si l’image est forte, terrible, dérangeante, amalgamée à la peine de mort aux États-Unis, imaginez cette cellule se transformant en CHAMBRE A GAZ !


Mais ils ont mis le feu eux-même ?
Oui ! Parce que ces deux gosses ont fait l’erreur irréversible de croire que des hommes et des femmes adultes, des surveillants et surveillantes, des professionnels allaient venir à leur secours comme le font des médecins, des pompiers… Ils ont cru, peut-être, jusqu’à leur dernier souffle… jusqu’à leur dernière inspiration, juste avant que la souffrance cesse, ils ont cru durant cet interminable temps de torture, que l’HUMAIN allait les sauver. Non, ils sont morts et demain il y en aura encore.

Ces deux là vont voir leurs dossiers portant un numéro d’écrou se clore définitivement par la formule réellement administrative  : "MOTIF DE LIBÉRATION : DECES"
.

Qu’a fait l’Administration pénitentiaire ? Elle a prévenu les forces de l’ordre afin qu’elles stationnent devant la prison pour casser le DEUIL de tous les prisonniers de Saint Paul de Lyon ! Le DEUIL, l’indignation devenue mutinerie prévue, calculée par la direction de la prison. D’être tous mortels fait que la véritable peine de mort reste celle qui fait qu’un homme, une femme, un enfant meurent en prison.


Saint Paul ? Saint Paul vous avez dit Saint Paul ?

Laissez brûler vifs les petits enfants… Mesdames Messieurs les Saints Magistrats
.

HAFED BENOTMAN

Ecrivain

pour Ban Public 29 avril 2002.