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Forum Nouvel Obs du 01/02/2006 avec Catherine Paulet

Mise en ligne : 10 February 2006

Dernière modification : 15 October 2008

Texte de l'article :

Forum du 01/02/2006 avec Catherine Paulet
(psychiatre à la prison des Baumettes, à Marseille, et présidente de l’Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire (ASPMP)) 
Questions des internautes et réponses de Catherine Paulet 
 
question de : Yannick Comenge
> Pensez vous qu’on peut encore soigner des prisonniers alors qu’ils sont à 6 dans des cellules prévues pour deux ? La prison française n’est elle pas une machine à broyer les plus faibles ? Selon votre expérience, sommes nous au niveau carcéral le "pays des droits de l’hommes" ? Bon courage en tout cas pour vous.
La promiscuité liée à la surpopulation pénale est un facteur important de stress, difficile à surmonter. Il n’y a pas de prison idéale. L’idée qui doit sous-tendre une sanction pénale, c’est la réinsertion de l’individu au sein de la société.
Et merci pour les encouragements !

 
 
question de : Internaute
> Quels moyens a t’elle réellement la psychiatrie en milieu judiciaire et pénitentiaire, mise a part de prescrire des neuroleptiques ?
Chaque prison est liée -par convention- à un hôpital de proximité, et des équipes de soins somatiques et psychiatriques y assurent des consultations et des suivis. Le suivi psychiatrique s’efforce d’être une prise en charge globale et pas seulement une prescription médicamenteuse. Mais bien sûr, les demandes et les besoins sont très importants et les moyens pour y répondre souvent insuffisants.
 
question de : Alain
> Que penseriez-vous d’une ré-instauration de travaux forcés pour les condamnés multirécidivistes ?
Humilier n’est jamais productif.
 
 
question de : mo59
> La prison est-elle une usine à délinquants ?
Oui, si la prison ne sert qu’à "éliminer" de la circulation les délinquants. Non, si le souci est de restaurer la citoyenneté de la personne et de préparer/accompagner la sortie de prison.
 
question de : Internaute
> Quelle alternative proposez-vous au milieu carcéral ?
Ne faut-il pas revoir toutes les peines de justice et privilégier amendes et travail d’intérêt général par rapportà la prison ?
Un magistrat serait plus compétent pour répondre. Néanmoins, la peine d’emprisonnement devrait rester l’exception et les alternatives à l’incarcération -et, en tout cas, les aménagements de peine (libération conditionnelle, notamment)- la règle. L’objectif étant que la personne condamnée se réhabilite et retrouve sa place au sein de la communauté.
 
question de : Internaute
> Le coté prison punition n’est il pas galvaudé ? Citer les effets délétères du milieu carcéral sur la personnalité ?Y a t-il des effets positifs ?
On se suicide 7 fois plus en prison qu’en milieu libre.
 
question de : Internaute
> 1/ Bonjour, en 2006 à l’ère de la technologie des communications, notre pays avec ces 60.000 personnes privées de leurs droits et de leurs libertés, reflète nos faiblesses,
difficultés, et insuffisances. Nous gardons les méthodes du Moyen-Age, et même parfois
des situations qui empirent. Comment des enfants mineures innocents, qui peuvent être privés de leur mère ou de leur père, pourront devenir demain de bons citoyens ?

2/ Maintenant que le ministre de la Justice reconnaît en personne la situation de ces centres de détentions, il serait judicieux de confier cette lourde tâche, en partenariat
avec le monde associatif, et le secteur privé qui trouvera solution, en confiant activité
et respect des règles, devoirs et droits. Les pays scandinaves sont mieux organisés que notre pays, aujourd’hui montré du doigt, c’est insoutenable de continuer dans ce système carcéral.

3/ Toutes les femmes, mères, sœurs, doivent se mobiliser pour défendre les droits des enfants ainsi que de leurs mères. L’heureuse initiative du Nouvel Observateur aboutira à des réformes profondes, certaines, revues, corrigées et améliorées.

4/ Notre société occidentale montre ses limites, elle a atteint et dépassé le paroxysme
de l’infamie et de l’ignoble. C’est la révision complète du système judiciaire qu’il faut mettre à plat, et obtenir la refonte des codes, qui datent de Napoléon.
Avec l’ouverture de l’Europe, les cas se multiplieront. C’est à l’Europe d’imposer
des normes harmonisées pour tous les centres, et maisons de gardes des fautifs, coupables et autres. Même si l’on retient le corps en prison, l’esprit universel voyage,
ne nous trompons pas de justice, seule la nature fait son travail en silence et l’équilibre de relation entre cause et effet est visible avec le temps.
Puissent tous les syndicats s’impliquer davantage pour cette humanisation, car leur silence sera douteux et traduira une faiblesse de leur mouvement.
Il est vain de faire de l’humanitaire en Afrique et dans le monde, si des Françaises et des Français sont maltraités dans les prisons de leurs pays.
Ni la caution financière, ni le bracelet électronique ne suffiront, si l’ensemble
du système de l’appareil de la justice n’est pas révisé et réactualisé.
Il y a beaucoup d’humanité et d’humanisme dans votre propos. 61.000 détenus, c’est 610.000 proches qui souffrent aussi. La justice n’est pas la vengeance, et la restauration ou la consolation des victimes ne passe pas nécessairement par une sévérité accrue. C’est aussi un débat de société à mener.
 
question de : calimero
> Environ un tiers des PPSMJ relèverait d’une incarcération en établissement spécialisé. Pourquoi, à ce jour, aucun programme de construction n’est encore prévu ?
Désolée de mon ignorance : PPSMJ ??
 
question de : Internaute
> Bonjour, il semble que le jugement des hommes soit une manière de supprimer un acte dans son caractère plus ou moins a-social et d’en punir l’auteur, alors que la justice devrait rechercher les capacités du citoyen à y remédier et lui donner les moyens d’y parvenir. La condamnation à perpétuité est le fanatisme du justicier. La prison est pitoyable de carences et la société hypocrite face aux citoyens. Se sent-on responsable de ses décisions en tant qu’homme ou femme de "justice" ou simple exécutant(e) de textes "réglementaires" ? Je vous remercie de votre réponse. mrpierre
Je ne suis pas femme de justice mais de santé.
Un magistrat pourrait mieux répondre mais à ma connaissance, la justice juge l’acte et l’homme.
Cela dit, une peine n’a de sens que si elle a un terme et si la personne condamnée garde espoir. D’où la désespérance des réclus à perpétuité et celles des professionnels amenés à s’en occuper, dont les psychiatres !
 
question de : Internaute
> Etes-vous des médecins ou des flics ? Que pouvez-vous savoir de la responsabilité ? Vous n’êtes que des auxiliaires de la justice moraliste chrétienne. Par pitié, défendez-vous sur les ambiguïtés de votre métier !
J.C.Robin
Les médecins traitants qui travaillent en prison ont les mêmes caractéristiques que les médecins traitants extérieurs et la même déontologie : indépendance professionnelle (nous dépendons du Ministère de la Santé), respect du consentement du patient détenu aux soins, et confidentialité des échanges. Ce n’est pas toujours facile, mais il est essentiel que nous ayons la confiance de nos patients pour soigner correctement.
Les médecins experts sont, eux, des auxiliaires de justice qui éclairent les magistrats sur les personnes qu’ils vont juger (troubles mentaux -ou pas- au moment des faits reprochés, type de personnalité...).
Il ne faut pas confondre les 2 démarches.
 
question de : Internaute
> Pourquoi les personne se font maltraité dans les prisons, et beaucoup de surveillant n’interviennent pas souvent ou très peu ?
La prison est un lieu où les tensions, le racket, la violence existent. Souvent, les plus vulnérables (jeunes, primaires, malades mentaux, personnes âgées...) ou les plus stigmatisés (auteurs d’infraction sexuelle, notamment) sont aussi les plus exposés à la violence des autres détenus, et pas toujours au vu et au su des surveillants. Si un surveillant constate une maltraitance, il a le devoir d’intervenir, s’il ne le fait pas, c’est une faute professionnelle.
 
 
question de : Internaute
> La quantité de psychopathes incarcérés dépasserait 50%. Pensez vous que le niveau des gardiens est compatible avec cette situation ? Salutations.
Les enquêtes épidémiologiques montrent, en effet, que le nombre de personnes incarcérées qui souffrent de troubles psychiatriques sévères est important. Et ce phénomène est en nette augmentation depuis 15 ans. Notre société, dans son ensemble, doit se poser la question de savoir si, pour beaucoup d’entre eux, leur place est en prison ou non. Ou s’il ne conviendrait pas de donner aux dispositifs sanitaires et sociaux du milieu libre les moyens de les soigner, de les accompagner, de les insérer convenablement.
 
question de : Internaute
> Que pensez-vous l’obligation de soins en prison ? (Eric Kania)
Les psychiatres, les médecins généralistes et les autres professionnels de santé qui exercent dans les 185 prisons françaises sont clairement opposés à l’obligation de soin en prison.
L’obligation de soin, prononcée par une juridiction dans la perspective de prévenir une récidive, comme une peine complémentaire (ou une mesure de sûreté, peu importe le terme, l’esprit est le même), prend effet à l’issue de l’incarcération. Pendant l’incarcération, ces personnes sont vivement incitées à commencer les soins et elles le font assez souvent. Ce dispositif incitatif est largement suffisant, sachant que le soin est un travail long et difficile d’élaboration psychique qui permet au sujet souffrant engagé dans le travail, de repérer son fonctionnement mental, son mode relationnel et leurs conséquences (et d’y remédier si possible). Ce n’est que de surcroît que le soin peut, peut-être, aider à prévenir la récidive.
 
question de : GWEN29
> Que pensez vous de la création des Etablissements pénitentiaires pour mineurs ?
L’incarcération des mineurs doit être l’exception, et les solutions éducatives la règle.
Cela dit, des établissements spécifiques en lieu et place des actuels quartiers mineurs installés dans les prisons pour adultes est a priori une orientation cohérente. 

 
question de : Internaute
> Bonjour,
S’il y a bien un lieu où il devrait y avoir l’embauche effective et à plein temps de psychiatres et de psychologues, c’est bien dans chaque prison ou lieu d’enfermement.. Que faire pour qu’enfin les détenus puissent bénéficier de réels soins psychologiques, avec de réels suivis ?? Merci de votre réponse.
Oui, sans doute, la question des moyens se pose, en particulier dans les établissements pour peine. Mais tout ne peut pas reposer sur les psy, fussent-ils de bonne volonté, pour répondre aux conséquences de l’enfermement. Il faut une dynamique de vie et de préparation au retour au sein de la société, qui est l’affaire de tous.
 
question de : Internaute
> Quelles sont les limites de la prévention des suicides ? Touchent-t’elles à l’imprévisible absolu, à l’impossibilité pour l’administration pénitentiaire de "surveiller" une personne suicidaire, à un relatif fatalisme des soignants. Plus globalement, ne pensez-vous pas que la culture des personnels pénitentiaires, de l’ A.P. française, les empêche de démontrer une empathie professionnelle ?
Le suicide est a priori une mort évitable, mais le risque zéro n’existe pas. Et les raisons de désespérer sont nombreuses en prison. La prévention du suicide est l’affaire de tous et je crois honnêtement que l’ensemble des personnels et intervenants en milieu pénitentiaire y est sensible et sensibilisé. Hier, un vieux monsieur de 70 ans me disait qu’il avait eu envie de se pendre (sa femme est dans le coma, son frère qui le soutenait vient de mourir, il se sent vieux et il a envie de laisser tomber) mais que son codétenu avait parlé avec lui toute la nuit. Au matin, le codétenu a fait part de son inquiétude au surveillant qui l’a orienté vers l’assistante sociale (il aura une permission pour les obsèques) et la consultation psychiatrique (il a accepté mais il ne voulait pas déranger...). Chance et efficacité conjuguée ce jour là.
 
question de : Internaute
> quand une personne et incarser en tempt que pedofil et t’il avec les autre detenu
En règle générale, ils sont regroupés dans des quartiers protégés où ils ne subiront pas les agressions verbales ou physiques des autres détenus.
 
question de : Internaute
> Mon père été en prison à marseille dans les années 70- c’étais un ancien officier de la guerre d’algèrie qui avais pratiquer la torture à l’âge de 12 ans je me suis retrouvé seul avec ce cinglé j’ai étais maltraité à 13 ans édenté un dentiste un ami à lui ma fait 16 amalgames (plombage) alors que je n’avais rien je paye encore aujourd hui des soins dentaires pouvez vous m’aidé ?

Bien sûr, avoir été victime de maltraitances, surtout de la part de ses parents censés vous protéger, est une grande douleur. Je pense que parler de cela aide à le dépasser, soit en consultant un psychologue, soit en s’adressant à des associations de victimes.
 
question de : Internaute
> Pourriez-vous expliquer à Pascal Clément que même dans les pires dictatures, le rôle de la prison n’a jamais été de satisfaire le désir de vengeance des victimes ? On aurait pu le croire en l’entendant à la suite de sa visite fanfarone de Clairvaux. J’ajouterai que c’est la pire façon d’aider les victimes ! Décidément, la bêtise arrogante de Sarko est contagieuse.
François (Marseille)
La justice n’est pas la vengeance.
Les détenus de Clairvaux ont fait entendre leur souffrance d’hommes sans espoir, ce qui est toute la problématique des très (trop) longues peines.
 
question de : Internaute
> Bonjour !
Je suis étudiant en Droit et je prépare un rapport de recherche sur "les conditions de détentention des prisonniers" en France.
Je voudrais savoir quels sont les grands aspects sur ce domaine (Insuffisance d’accueil....manque de moyens...)
Par rapport aux politiques des autres pays, sur quels points la France doit elle s’inspirait ?
Vaste question. Lisez les rapports des sénateurs et des députés, rédigés en 2000 et toujours d’actualité. Allez sur le site du Conseil de l’Europe, rubrique "Droits de l’Homme, Comité de Prévention de la Torture" et vous y trouverez les recommandations européennes (inlassables) en la matière. Bon courage, mais le sujet est essentiel ! 
 
question de : Internaute
> Existe-il un réel suivi psychiatrique des détenus, ou bien est-ce seulement a posteriori (suite à une tentative de suicide par exemple) que l’on va soigner la personne ? Quelles sont les principales causes du taux élevé de suicide dans les prisons françaises ?
Oui il existe un suivi psychiatrique : prises en charge individuelles ou de groupe, psychothérapies. Evidemment, cela dépend du nombre de soignants que comporte l’équipe. Comme vous le savez, la démographie médicale et paramédicale baisse et certaines régions sont particulièrement touchées, des postes sont vacants dans les prisons comme en population générale, particulièrement dans le service public hospitalier.
Tous les "arrivants de liberté" qui entrent en prison ont une visite médicale et peuvent voir un psychiatre si nécessaire. Ensuite, à tout moment la personne peut demander une consultation ou être suivie. Mais là encore, les demandes sont très nombreuses et les moyens pas toujours à la hauteur des besoins.
Notre travail consiste à aider la personne qui consulte à apaiser sa souffrance, à faire face à ce qui lui arrive, et à essayer de comprendre où elle en est de son histoire de vie. Pas toujours simple..
Sur la question des causes du suicide, elles sont multiples, elles tiennent à la fragilité de la personne parfois (état dépressif notamment), à l’impact de l’incarcération (choc de l’incarcération) et de la procédure judiciaire (incertitude, culpabilité, lourdeur des peines...). Depuis 3 ans le nombre de suicides diminue mais les tentatives de suicide augmentent : peut-être a t’on sauvé plus de personnes de la mort par suicide mais les facteurs de risque suicidaire demeurent.

 
question de : Internaute
> combien de psy et psycologues êtes vous en France pour vous occupez des détenus ?
et ne pensez vous pas que un nombre insuffissant peut entrener une mauvaise analyse parfois sur des detenus ? merci
 Vous ouvrez une fort intéressante question mais ce sera pour un prochain forum !
Désolée, merci à tous et peut-être à bientôt.
Vous pouvez consulter le site
www.sante-prison.org pour plus ample information sur les professionnels de santé qui exercent en prison.