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Pensées d’outre tombe (II)

Mise en ligne : 10 November 2002

Dernière modification : 20 August 2003

Texte de l'article :

Ecrire vraiment ce que je ressens d’entre ces murs ? Comment faire pour trouver les mots justes ? Par où commencer ? Sujet, verbe, complément… Je voudrai dire tant de choses mais elles dansent trop confusément dans ma tête pour les dire dans l’ordre. Des mots crissent dans mes pensées comme des pas sur des brindilles sèches. Des voix et des paroles m’assaillent et me passent à travers le corps, me violent les tripes et m’emplissent de colère, de haine, de dégoût jusqu’à la moelle de mes os. Je crois que je vais laisser les mots couler sous ma plume aux aléas de mes pensées, les phrases se feront toutes seules.

Toute politique est mécanisme et tout mécanisme nécessite du jeu. Les ajustements bloqués à coups de formules griffues et perfides, de lois tentaculaires, labyrinthiques inepties ont leur rôle pour maintenir cette société dont les dirigeants sont avides de pouvoir, de capitalisme sauvage. Leur désir de tout contrôler est immense mais peuvent-ils contrôler ce désir ? Non… car ils en sont hypnotisés, drogués, voire prisonniers. Quand les classes « dominantes » méprisent les valeurs humanitaires au profit des valeurs en banque, elles perdent toutes cohérentes, deviennent incapables d’assumer leur rôle et méritent la dissolution. Parmi ces millions d’êtres qui peuplent la terre, la plupart suivent une morne illusion de petits bonheurs suivis par une triste réalité de petites ou grandes déceptions ; il y en a des dizaines et des centaines qui bercent des chimères, qui cogitent à qui mieux mieux sur les moyens de dominer les autres. Il y en a beaucoup moins qui cherchent concrètement à cerner l’absolu du bonheur… Mais peut être qu’un jour, un seul arrivera à soulever les foules avec « trois mots » sur une feuille de papier face à cette oppression grandissante.

Fort heureusement, parmi ces drogués de pouvoir, il en est des libres pour virer ou glisser selon les cas contre ce capitalisme qui a prouvé ses limites. C’est ainsi dans la politique, ce que certains appellent les affaires humaines. Affaires humaine… expression bien contradictoire dans la bouche des personnes qui nous gouvernent car leur tolérance, qu’elle soit intuitive, mouvante ou humaine n’a plus court… Elle est nulle, inexistante. Le jeu « état chronique » est plein d’attraits dans son principe mais décevant dans son résultat où son absolu est une somme de combinaisons imparfaites et de déséquilibres inégaux. La preuve en est aujourd’hui, depuis que ce gouvernement est en place. Il légifère sur des lois de plus en plus strictes afin de dompter, dresser, écraser, faire taire, effacer, incarcérer tout contestataire, toute personne susceptible de ne pas lui obéir aveuglement, de ne pas remplir ses poches. Leurs lois, aussi sauvages que leur capitalisme, deviennent liberticides. Le gouvernement, ce gouvernement, agit de façon à faire pâlir de jalousie la politique de l’extrême droite.

La répression s’accentue jour après jour, l’oppression nous étouffe de plus en plus… Aujourd’hui, des codes barres pour les élèves afin de contrôler comme une vulgaire marchandise ; des flics dans les écoles ; des arrestations à tout va, des amendes de plus en plus lourdes pour un oui ou pour un non… mais demain ? Oui… demain qu’en sera-t-il ? Où vont-ils s’arrêter ? Demain… Demain que l’on puisse trouver un point d’appui et que l’on soulève le monde pesant et oppressant de cet état totalitaire ! Les libertés deviennent de plus en plus illusoires, de plus en plus symboliques ! Les prisons, qu’elles soient virtuelles, chimiques, physiques deviennent monnaie courante. Elles existeront toujours tant que l’homme qui se croit libre ne comprendra pas qu’il n’y a pas de véritables libertés sans un respect total de tout être humain… et ceux qui nous gouvernent le savent ! Cette liberté qui passe par le respect et l’autogestion de soi leurs fait peur car si o détruit les carcans qu’ils nous imposent, le capitalisme s’effondrera.

De par mes convictions, certains m’ont traité d’idéaliste. Idéaliste ? Oui !!! Un idéaliste fédérateur de liberté ! Liberté d’agir, de penser, de parler, de choisir ses ami(e)s, d’aller où bon nous semble… Ma solide culture en ce domaine a toujours été un atout fiable pour me mouvoir avec une aisance passionnée dans cet amalgame d’incohérences qu’est la société… et même ici, en ces murs, ma liberté est grande… Si elle n’est pas physique, elle est intellectuelle. Ici… ici, c’est ailleurs. Un monde à part où ces murs qui nous séparent de la liberté physique assurent du haut de leur arrogance une longévité au système créé par le capitalisme car il règne également, donc une certaine jalousie entre nous détenu(e)s. Dans cette hiérarchie, il y a à l’échelle des délits, celle du fric et celle du statut que l’on avait dehors… Connerie ! La « différence » la plus flagrante - et que l’administration pénitentiaire se plait à cultiver - est : prisonnier politique et droit commun. Personnellement, je ne fais aucune différence. Je considère toute compagne et tout compagnon de la mistoufle en tant que prisonnier politique… même si ça fait grincer quelques dents. La justice nous a embastillés dans ses geôles. Elle travaille pour l’état ; ce dernier pour la république et toute république est un système politique. Conclusion, nous sommes toutes et tous des forçats de la république, donc, prisonniers politiques. Si on arrivait ne serait-ce qu’à cesser de nous donner des étiquettes entre nous, ça serait un grand pas pour la solidarité. Qu’on le veuille ou non, on a tous un point commun : des barreaux à la fenêtre ! Et c’est contre ça que je me bas, que je me battrai, qu’il faut se battre !

Tristesse, colère, rage, dégoût, haine secrète, tantôt mesurée, tantôt intense, de vivre dans cet univers clos, dans cet univers que certains disent et croisent utile, dans cet univers carcéral où des portes s’ouvrent et e ferment tous les jours ; où tous les jours il faut lutter pour ne pas se laisser choir dans l’oubli et l’incuriosité salutaire. Oui ! Tous les jours, un incident, des mots, des images, des comportements, voire un pseudo suicide peuvent faire déraper dans la haine aveugle, point de non-retourr. Des exemples ? Diantre ! Si vous n’en avez pas assez, demandez aux compagnons de la mistoufle de plonger leur louche au hasard dans leur soupe de souvenirs, au hasard de leur vécu. La vérité est bien plus noire que ce que le 4ème pouvoir, soit les médias veulent bien en parler. Ces prisons sont une abomination pour l’humanité ! Et quand bien même je ne verrai jamais le jour où tous ces murs tomberont, je mettrai toute mon énergie dans cette lutte.

Je reconnais que parfois je suis fatiguée… pas par mes convictions car ceux qui me connaissent bien savent que je vais jusqu’au bout de mes idées - qu’elles qu’en soient les conséquences - mais fatigué de répéter sans cesse la même chose : ces murs sont une honte pour l’humanité ! Fatigué de vouloir faire prendre conscience, qu’ici, qu’en ces murs, on n’est pas chez nous (aussi hallucinant que cela puisse paraître, certains se croient chez eux…) ! Fatigué de me battre contre cette lobotomisation (virtuelle ou chimique) que l’administration pénitentiaire et les psychiatres se font un plaisir machiavélique de créer. Fatigué de me sentir impuissant.. Aussi, parfois la voix de l’oubli m’arrive de par cette fatigue et me susurre de laisser tomber… mais Non !!! Je la refuse et la rejette de toutes mes forces ! Car je sais qu’un jour, cet ailleurs, ce monde à part claquera ses portes loin derrière moi… et suis conscient qu’il m’en restera des traces indélébiles. Souvenirs odieux gravés au burin dans ma mémoire, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle contre ce braqueur de conscience, contre cette mort lente pour éviter qu’un jour, d’autres personnes portent ces cicatrices purulentes dans leur esprit.

Force et détermination

David

David Acerbis
903867 Q cel 161
Hôpital Pénitentiaire de Fresnes
Allée des Thuyas
94261 Fresnes Cedex