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Michel Serceau-Filipeddu appelle au parrainage

Mise en ligne : 12 décembre 2008

Texte de l'article :

Michel SERCEAU-FILIPEDDU
5487 A/B109
BP 5
55300 SAINT MIHIEL

Aux futurs parrains, à l’équipe de Ban Public,

Cette lettre s’adresse à tous ceux qui ont eu le courage de cliquer sur le site de Ban Public ou qui ont simplement en envie de baisser la tête et de voir que « dessous » il y a des hommes et des femmes qui vous regardent et cherchent à croiser votre regard et y voir qu’ils existent et ne sont pas que les fantômes de la société.

Je suis détenu et viens de recevoir, de Charlotte et de Milko, une lumière d’espoir et un souffle nouveau : une information aux adhérents sur le parrainage des prisonniers. Je n’en ai eu des frissons et me suis dit : « enfin ! ».

Pourquoi un tel sentiment ? Parce qu’en lisant, j’ai vu tout ce qui m’avait manqué, il y a quelques années en arrière. En effet, lors d’une précédente détention, j’ai entrepris une aventure, ou même les participants de Koh Lanta arrivaient eu du mal à survivre, suivre des études universitaires... en prison !!! Déjà titulaire d’un doctorat es-sciences informatiques, je me suis inscris afin d’obtenir ma licence de droit avec le CNED. Il m’a fallu me battre pour obtenir l’autorisation du directeur de l’établissement (Aiton) qui a attendu 2 mois pour enfin me demander, par l’intermédiaire du service scolaire, par un message sur post-it : « pourquoi voulez-vous suivre des cours par correspondance ? ». Que peut-on répondre à cela. Question bête, réponse idiote, j’ai simplement répondu « pour être moins con à ma sortie ! ». La demande a été étudiée en 3 mois, et j’ai pu, enfin, entrevoir la porte mais toujours pas de serrure. Il m’a fallu m’inscrire au CNED et payer le cursus soit, à cette époque, 2.990 € payable à la signature ! N’ayant pas les moyens suffisants, j’ai dû solliciter le service social et scolaire et monter un dossier d’aide aux études, et encore 2 mois. Dossier accordé ! Enfin ! Et non ! Il m’a fallu convaincre un doyen d’université pour m’inscrire mais aussi pour obtenir un geste de sa part pour le coût de l’inscription. Après encore un mois, c’était fait et accepté. Mais voilà, le temps a passé et l’année universitaire aussi ! J’ai encore attendu, patient et les poings dans la poche. J’ai reçu tous mes ouvrages, mes T.D. et avec beaucoup d’acharnement et simplement du papier et des stylos, j’ai pu brandir ma licence... mais pas en détention ! Je ne l’ai su que le jour de ma libération en faisant mon paquetage à la fouille. Ma licence était classée parmi d’autres documents sans valeurs. Ce jour-là, je l’ai pris dans mes mains, je l’ai bien regardé et j’ai fêté ma victoire, belle victoire mais... seul !!!

Je n’ai aucun soutien extérieur, ni étudiant, ni service scolaire. J’ai travaillé aux ateliers pour 300 € par mois pour 7 heures quotidiennes, en plus de mes études. Je tournais à la Ricorée et à la clope. Ici, si nous voulons suivre des cours, il faut se payer seul les timbres, le papier, la gomme, le taille-crayon, etc... Et plus cher que dans un supermarché discount.

Et aujourd’hui me direz-vous ? Et bien voyez, d’où je vous écris, c’est de la prison de Saint Mihiel ! Alors cela m’a servit à quoi de suivre mes cours ! A rien ! Car, lorsque vous sortez, vous reprenez là où vous vous étiez arrêté ! Le seul soutien du prisonnier, c’est son passé. Si j’avais eu un autre soutien, de personnes plus insérées dans la société ou un parrain, peut-être n’en serais-je pas là où j’en suis aujourd’hui ! Et pour finir, sachez qu’il y a une semaine, j’ai obtenu mon DECF et que j’ai vécu la même galère pour m’inscrire sans compter mon transfert. J’ai, encore une fois, fêté ça dans ma cellule avec un verre de Ricorée froid et une clope !

Alors, merci de soutenir Ban Public car depuis quelques années, ce sont eux qui sont là pour nous, pour nous représenter et merci pour ceux que vous allez parrainer. Ici, un mot, une lettre, c’est une chaleur humaine dans murs froids, sans vie !!!

Merci à l’équipe de Ban Public et félicitation pour votre courage !
Michel

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