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Témoignage d’un médecin

Mise en ligne : 31 October 2004

Texte de l'article :

Médecin en prison

Les personnes arrivant en détention sont systématiquement reçues par un médecin dans les 24 heures. Après une nuit d’attente en cellule (parfois à six), souvent précédée d’une garde à vue, les gens sont fréquemment choqués, parfois en larmes.

Pour voir toutes les personnes qui arrivent, quel que soit leur nombre, le médecin ne dispose que de deux ou trois heures. L’accueil au service médical est pourtant primordial : installer la confiance, laisser la personne se poser, échanger un sourire, une poignée de main, écouter le récit des derniers jours, l’angoisse, l’abattement... avant de passer aux questions rituelles d’ordre médical.

Proposer le test VIH n’est qu’un élément parmi d’autres. Ce n’est pas le moment idéal : trop de préoccupations immédiates, trop d’informations à capter. La langue ou simplement le vocabulaire représentent souvent un obstacle. De plus, il faut également parler des hépatites et, en particulier, proposer la vaccination contre l’hépatite B.

Mais, si le test VIH n’est pas proposé ce jour-là, je sais que certains ne reviendront pas à la consultation pendant tout leur séjour.

Certains détenus croient qu’on effectue toujours le dépistage du VIH lors du bilan d’entrée. C’est faux. On ne dépiste systématiquement que la syphilis. Le test VIH est proposé par le médecin et ne peut être réalisé qu’avec l’accord du détenu.

Au début, je proposais systématiquement des préservatifs aux arrivants. Les réactions étaient au minimum amusées, au maximum, révoltées :&laqno ;Vous nous poussez à devenir homo !&laqno ;Il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui vient d’arriver que la durée des peines peut pousser à des pratiques homosexuelles ou que le viol est un risque réel...

Lorsqu’on parle d’infection à VIH, il est également nécessaire d’expliquer aux détenus l’absence de risque dans les actes de la vie quotidienne, au sport, au travail, etc.

Les soins en prison sont loin d’être aussi bons qu’à l’extérieur, mais une nette amélioration se dessine depuis la mise en application de la loi de 1994.

Un médecin

Site source : France QRD