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Présentation de l’Envolée

Les détenus s’envolent, les écrits restents

Mise en ligne : 26 March 2002

Dernière modification : 18 November 2005

Texte de l'article :

Juin 2001

"Elle ne se positionne pas du haut d’un mirador intellectuel avec vue plongeante sur la prison : au moment où le ministère de la justice, médias et associations diverses se mettent d’accord pour élaborer le nouveau code pénitentiaire qui leur permettra d’enfermer des humains pendant trente ans, mais dans le respect des "Droits de l’homme", il nous semble essentiel de rappeler que ni la souffrance, ni la révolte ne se codifient.
Nous savons, comme tous aujourd’hui, que la prison ne sert à rien, mais, contrairement à la plupart, qu’elle sert... à qui ?
Nous ne nous plaçons pas en traducteur ou en ventriloque des muets sociaux : nous sommes nous-mêmes d’anciens prisonniers ou susceptibles de l’être dans et au delà des murs.
L’Envolée se bat contre l’enfermement dans sa totalité. De celui qui conduit à la prison à celui qui fait croire qu’on en sort.
Nous serons un porte-voix au service des luttes, des discussions, des organisations de détenu(e)s qui quotidiennement doivent résister et doivent trouver les moyens de cette résistance.
Nous voulons trouver dans ce bras de fer les ressorts d’une remise en cause radicale de nos démocraties modernes dont la prison n’est qu’un des outils."

Cela fait désormais un peu plus de 5 mois...
Nous avons immédiatement reçu un courrier abondant affirmant qu’une pensée critique et des initiatives concrètes existent à l’intérieur des prisons. Chaque semaine, des invités viennent à l’antenne nourrir la réflexion et informer sur la réalité carcérale. À l’extérieur, les contacts pris attestent que les différentes résistances empêchent la répression de poursuivre tranquillement son travail destructeur. Toutes ces rencontres nous poussent aujourd’hui à créer un nouvel outil pour faire partager au delà de la région parisienne la richesse des informations que nous recevons.
Le journal servira de lien entre les différents groupes et individus aussi bien à l’intérieur et à l’extérieur qu’entre le dedans et le dehors.

Bien entendu, le journal est indépendant de tous pouvoirs politiques et de toutes structures financières établies. Il donnera la parole en priorité à celles et ceux qui en sont dépossédés et qui tentent malgré les difficultés, l’isolement, le petit nombre, de changer leur condition. Il donnera la parole aux premiers concernés, ceux qui vivent la prison, ceux qui résistent et qui sont singulièrement absents des débats et autres consultations sur la réforme pénitentiaire, laissés aux spécialistes et aux détenus présentables (les VIP). "A force de nous faire passer pour des moutons, certains nous tondent pour mieux se tailler un costard." Nous ne mythifions pas les luttes actuelles. Partout l’heure est davantage à la résignation qu’à la révolte. Nous ne sombrerons pas pour autant dans un défaitisme désabusé.
Nous préférons rester vigilants et mobiliser pour construire des complicités capables de repenser et changer le monde tel qu’il est.

Nous ne croyons pas que "l’effet Vasseur", les débats parlementaires, les vagues médiatiques contiennent une critique de l’idée de l’enfermement, bien au contraire : ils permettent de redéfinir une nouvelle logique pénitentiaire plus adaptée à l’exercice actuel de la justice.
Par exemple, la question centrale n’est déjà plus de ne pas prononcer de longues peines, mais de savoir comment elles seront "gérées" en détention.
Autre exemple, la nouvelle loi sur la présomption d’innocence ne concerne que les délits financiers et les quelques riches qui se font pincer à leurs propres magouilles.
Autre exemple, la réponse donnée aux mauvaises conditions de détention est une fois de plus la construction de nouvelles places de prison. On pourrait s’étonner que tout en convenant que "la prison est le pire des maux", le pouvoir et ses armées d’experts ne trouvent rien de plus intelligent que de proposer plus de prisons. Il n’y a là aucune absurdité : il s’agit de construire d’autres types de prison, plus aseptisées, plus destructrices, qui exercent des violences moins physiques que mentales. Leur concept d’humanité ne se traduit que par toujours plus de sécurité, à savoir des détenus encore plus isolés, des centres pénitentiaires où les rapports sociaux sont encore plus difficiles à construire.
Nous ne sommes pas assez naïfs pour nous interroger sur le fait que le pouvoir ne cherche pas les causes de la délinquance (sociale, économique, politique, sexuelle...) et se contente d’en gérer les effets : d’une part la délinquance représente un marché rentable, d’autre part poser cette question équivaudrait à remettre en cause le système tout entier.

Nous disons haut et fort que nous sommes contre toutes les formes d’emprisonnement, cela ne fait pas de nous de doux rêveurs, cela donne un sens à notre réflexion et à notre pratique. Si nous savons que la suppression des prisons n’est hélas pas pour demain, nous savons aussi que chaque brèche creusée est un pan de mur qui s’écroule.
Être contre la prison, c’est repenser nécessairement le système qui la génère : nous ne ferons pas de cette critique un domaine réservé et séparé d’autres questions comme le travail salarié, la marchandise, la mondialisation, etc..., en revanche nous sommes persuadés que chaque moment de la critique sociale ne peut jamais laisser de côté la répression, le contrôle social et l’enfermement.

PS : L’Envolée sera largement donné. Cela ne signifie pas que ce journal est gratuit. Nous aurons besoin d’argent pour le fabriquer et le diffuser : nous espérons que ceux qui en ont les moyens (petits ou gros) nous aideront pour le financement de ce projet.

Contacts : Envoleeradio@yahoo.fr
Site : http://lejournalenvolee.free.fr/
Courrier : l’Envolée : 63, rue de Saint Mandé. 93100 Montreuil